Apprentissage sur les questions autochtones

Comprendre ce qui se cache derrière une expression

Dans nos interactions professionnelles et nos rencontres quotidiennes, nous utilisons souvent des expressions dont nous ignorons les origines. Plusieurs de ces expressions découlent de l’histoire coloniale du Canada et peuvent renforcer les stéréotypes négatifs, le profilage racial, le racisme systémique, les préjugés, la stigmatisation et la discrimination envers les Autochtones.

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Avertissement : Certaines expressions présentées dans cet outil de travail pourraient provoquer des réactions émotives. Ce document n’est pas destiné à blesser ou à causer du tort; il vise plutôt à offrir un éclairage contextuel et à sensibiliser les gens à l’importance de tenir un dialogue respectueux. Si vous avez besoin de soutien, n’hésitez pas à en parler à quelqu’un.

C’est toujours une bonne idée de comprendre ce qui se cache derrière une expression courante avant de l’utiliser. Si vous êtes dans le doute, informez-vous d’une manière respectueuse. Pour aider à faire avancer les efforts de réconciliation avec les peuples autochtones, nous avons réuni quelques expressions courantes à éviter. Nous présentons ici leurs significations dans un contexte culturel et historique.

Low man on the totem pole / Climbing the totem pole

Ces expressions anglaises, sans équivalent français, pourraient se traduire par « se trouver au bas du mât totémique » et « monter le mât totémique ». Elles signifient se trouver au bas de l’échelle sociale et monter l’échelle sociale.

Les mâts totémiques sont sacrés pour les Premières Nations de la Colombie-Britannique. Les figures qui y sont sculptées rappellent des légendes familières, des lignées de clan ou des événements notables. Dans certaines collectivités des Premières Nations, être au bas du mât totémique est en fait un plus grand honneur que d’en être au sommet.

Agir en sauvage

Le mot « sauvage » est une insulte utilisée pour décrire les Autochtones qui a été employée pendant des siècles. On observe ces derniers temps sa résurgence dans l’argot des jeunes (en anglais surtout), qui l’utilisent pour décrire des actions ou émotions qu’ils jugent particulièrement intenses. Cependant, les connotations racistes sont difficiles à ignorer, et il serait plus respectueux de choisir un autre mot.

Christophe Colomb a « découvert le Nouveau Monde »

Il existe encore une perception courante selon laquelle les Amériques étaient très peu peuplées lorsque Christophe Colomb a « découvert le Nouveau Monde » en 1492. Dans son livre 1491: New Revelations of the Americas Before Columbus, l’auteur scientifique Charles C. Mann présente des recherches récentes dans divers domaines d’étude démontrant que les populations des Amériques étaient beaucoup plus importantes que ce qu’on avait auparavant estimé : ces populations habitaient ce territoire depuis des milliers d’années, étaient avancées sur les plans social, politique, culturel et spirituel et géraient et utilisaient les ressources naturelles beaucoup plus efficacement que ce qu’avaient estimé les chercheurs jusque-là.

Les traités n’ont plus d’importance

Les traités sont reconnus et protégés par la loi suprême du pays, la Loi constitutionnelle de 1982. Pour les peuples autochtones (Premières Nations, Inuits et Métis), tous les traités sont des engagements solennels entre deux ou plusieurs nations indépendantes par lesquels les nations autochtones acceptèrent de partager certains intérêts sur leurs territoires traditionnels en retour de paiements et de promesses. La Couronne estimait que les traités qu’elle avait conclus étaient un moyen d’accéder aux territoires autochtones et d’en prendre possession afin que les ressources puissent être utilisées par les colons en échange de quoi les Autochtones se voyaient « octroyer » des réserves.

Dans le passé, il y avait d’importantes divergences de points de vue sur les traités entre le gouvernement du Canada et les nations autochtones, et c’est encore le cas aujourd’hui. Pour sa part, le gouvernement voit les traités comme des instruments légaux par lesquels les Autochtones ont cédé leurs terres et leurs droits. Les nations autochtones les voient plutôt comme des instruments codifiant les relations entre nations autonomes qui acceptent de partager un territoire et ses ressources en échange d’une compensation.

Je suis un peu Indien, peut-être Inuit. Juste assez pour avoir des avantages fiscaux

Ce commentaire démontre une ignorance générale à l’égard des peuples autochtones du Canada et de leurs traités historiques, en plus de promouvoir la position colonialiste concernant le degré de sang. L’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982 reconnaît trois groupes distincts d’Autochtones au Canada : les Indiens (Premières Nations), les Inuits et les Métis. Les Autochtones s’identifient soit comme Première Nation (p. ex., Algonquin, Cri ou Mi’kmaq), Inuit ou Métis. Un Inuit n’est pas un Mi’kmaq ou un Métis et vice versa. Finalement, être autochtone ne donne pas automatique accès à des avantages fiscaux. Les traités signés entre la Couronne et les nations autochtones ont déterminé les droits autochtones collectifs acquis par les traités. Enfin, rappelons que les droits autochtones sont toujours collectifs et non individuels.

Esquimau

Le mot « Esquimau » est un terme offensant autrefois couramment utilisé pour désigner les membres du peuple inuit habitant les régions de l’Alaska, du Groenland, du Canada et du nord-est de la Russie. On a longtemps cru que le mot « Esquimau » signifiait « mangeur de viande crue », mais on pense maintenant que sa véritable source est un mot innu-aimun ou montagnais signifiant « quelqu’un qui lace des raquettes à neige ». En 1977, des représentants inuits des États-Unis, du Canada et du Groenland se sont rassemblés pour former la première Conférence circumpolaire inuite (CCI). La charte de la CCI définit les Inuits comme étant des membres autochtones de la terre natale inuite reconnus par les Inuits comme étant membres de leur peuple. En définissant ainsi les Inuits, ils rejettent l’usage du terme « Esquimau ».

L’été indien

Le redoux qui se produit tard à l’automne est connu en Europe sous le nom d’été de la Saint-Martin. En Amérique, le terme « été indien » est utilisé pour désigner ce phénomène, mais il est chargé de connotations historiques. Il fait référence au stéréotype selon lequel les Autochtones sont en retard. Il rappelle également l’expression anglaise Indian giver (qui signifie donner d’une main pour reprendre de l’autre) dans le sens où Mère Nature donne l’impression d’offrir des conditions estivales pour les reprendre rapidement et apporter un temps automnal plus frais. Bien que les gens utilisent cette expression avec respect pour désigner une belle période de l’année, d’autres expressions comme « redoux automnal » seraient plus appropriées.

À l’heure des Indiens

Cette expression porte à croire que tous les Autochtones sont en retard. Elle implique aussi que seul le concept non autochtone de temps est acceptable. Dans les communautés inuites, métisses et des Premières Nations, les gens sont conscients du temps et très respectueux des engagements qu’ils ont pris. Cependant, lorsqu’un événement, comme un décès ou un accident, affecte la communauté, ses membres se rassemblent pour apporter leur soutien et faire preuve de respect. Les engagements ou les rendez-vous pris antérieurement ne sont plus une priorité.

Animal spirituel

Dans ce cas, ce ne sont pas les mots eux-mêmes qui sont offensants, mais plutôt l’intention et la familiarité avec lesquelles on utilise ces notions à mauvais escient. Il est important de noter que les animaux spirituels ne font pas partie du système de croyances de tous les Autochtones. De plus, les enseignements et les pratiques entourant cette croyance ont été illégaux pendant si longtemps que lorsqu’un Autochtone entend un allochtone s’approprier cette croyance spirituelle, cela est doublement offensant.

Don’t be an Indian giver

L’expression anglaise Indian giver  (donneur indien), sans équivalent français, désigne habituellement une personne qui donne quelque chose à quelqu’un, puis le reprend ou s’attend à obtenir l’équivalent en retour. Les colons européens n’avaient pas les mêmes protocoles de remise de cadeaux que les Premières Nations. Dans les collectivités des Premières Nations, la coutume était d’échanger des cadeaux lors de rencontres ou pendant des cérémonies comme marque de respect. Les Européens ne réalisaient pas qu’ils devaient offrir quelque chose en retour. Ainsi, le représentant de la Première Nation s’attendait à recevoir un cadeau en échange, sinon l’objet offert devait être retourné.

Pourquoi ramenez-vous encore ces vieilles histoires? Revenez-en!

On entend cela généralement en réponse aux conséquences à long terme des pensionnats indiens, des mauvais traitements qu’ont subis les Autochtones, de la Loi sur les Indiens, 1876 et d’autres événements historiques qui ont encore un impact sur les communautés autochtones aujourd’hui. On en constate les répercussions traumatisantes et intergénérationnelles aux niveaux social, spirituel et culturel sur les communautés, y compris des disparités économiques et des taux élevés de suicide et d’incarcération. Demander à un Autochtone d’arrêter de ressasser toutes ces histoires équivaut à demander à quelqu’un d’autre d’arrêter de se remémorer les guerres mondiales ou les attentats du 11 septembre.

Il y a trop de chefs et pas assez d’Indiens

Cette expression est souvent utilisée dans le monde des affaires et signifie que le travail n’avance pas assez rapidement ou que personne ne veut prendre une décision concernant un enjeu. Cette formule se moque du système de gouvernance des Premières Nations. Elle pourrait aussi offenser des personnes qui sont chefs héréditaires ou des collègues dont des proches sont chefs ou siègent au conseil de bande.

C’est une squaw

Bien que dans certaines langues autochtones une forme du mot « squaw » peut avoir une signification non offensante, les Européens l’utilisaient pour désigner une Autochtone aux « mœurs légères ». Par cela, on entendait la définition des Européens basée sur leurs croyances religieuses et normes culturelles strictes, que ne partageaient pas les Autochtones. De nos jours, le terme est extrêmement offensant puisque c’est la définition européenne péjorative qui prédomine.

Le terme « squaw » et ses différentes interprétations ont eu un impact dévastateur sur les communautés autochtones partout au pays. Les femmes et les filles autochtones font face à des taux disproportionnés de violence et de meurtre attribuables en partie au stéréotype dominant selon lequel elles ont ce qu’elles méritent, car elles ont des mœurs légères et conséquemment, elles sont sans valeur et remplaçables.

Faisons un pow-wow

Un pow-wow est une rencontre sociale organisée par les Premières Nations à des fins cérémoniales et de célébration et régie selon un protocole culturel strict. L’utilisation de ce terme pour désigner une réunion d’affaires ou une rencontre quelconque banalise sa signification culturelle si importante.

Déterrer la hache de guerre / Être sur le sentier de la guerre

Ces expressions sont offensantes parce qu’elles dépeignent à tort les membres des Premières Nations et les Métis comme enclins à la guerre et prêts à se battre lorsqu’ils sont confrontés à un problème ou à un désaccord. Elles abondent dans les films hollywoodiens.

Circle the wagons

Cette expression anglaise, qui pourrait se traduire par « Formons un cercle avec les chariots », signifie en fait « Regroupons-nous pour nous défendre contre les attaques des Indiens ». Elle a été forgée en grande partie par les films hollywoodiens où l’on voyait des colons faisant route vers l’Ouest américain pour coloniser les territoires traditionnels des Premières Nations et des Métis. L’autre côté de la médaille qu’on ne mentionne pas, c’est que les Premières Nations et les Métis défendaient tout simplement leurs propriétés contre l’expansion coloniale.

Je suis Métis. Mon arrière-grand-mère était autochtone.

L’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982 reconnaît les Métis comme un groupe autochtone à part entière. La Cour suprême du Canada a déclaré que le terme « Métis » dans l’article 35 ne désigne pas toutes les personnes ayant des origines mixtes européennes et autochtones. Il désigne plutôt un peuple distinct qui, en plus de son ascendance mixte, possède ses propres coutumes, sa langue et son identité collective reconnaissable et distincte de celle de ses ancêtres inuits ou des Premières Nations et européens. Les communautés métisses qui réclament des droits autochtones doivent avoir occupé un territoire spécifique avant que la Couronne ne prenne le contrôle de cette région.

Le « costume » indien

Lors des pow-wow, les membres des Premières Nations portent fièrement leurs tenues cérémonielles lorsqu’ils dansent ou participent aux cérémonies. La tenue que porte un danseur est l’un des symboles les plus puissants de son identité comme membre d’une Première Nation et est ainsi considérée comme sacrée. C’est pourquoi il est incorrect de désigner une tenue cérémonielle « costume ».

Plusieurs des éléments qui forment la tenue cérémonielle sont associés aux fonctions des cérémonies, dont des plumes d’aigle, des peaux d’animaux, des articles légués de génération en génération, des couleurs faisant partie de l’identité d’une famille ainsi que des motifs qui ont été acquis lors de rêves ou visions.

Il ne faut jamais toucher une tenue cérémonielle à moins d’avoir reçu la permission de son propriétaire.

Tu n’as pas l’air autochtone (ou inuit ou métis)

À moins que cette information soit pertinente pour concevoir ou mettre sur pied un programme spécial, un plan ou des activités dans le but d’éliminer la discrimination envers un certain groupe selon le paragraphe 16(3) de la Loi canadienne sur les droits de la personne (2004), cette question manque de tact et est intrusive. Chez les Autochtones, le sentiment d’appartenance à une communauté autochtone, à sa culture et à ses traditions n’est pas défini par le degré de sang. De plus, pendant plusieurs décennies, la société colonisatrice et la Loi sur les Indiens ont tenté de déterminer uniquement selon le degré de sang qui pouvait se dire autochtone, et ce, dans le but d’assimiler les Autochtones à cette société.

De quelle tribu fait-il partie?

Le mot « tribu » est un terme anthropologique qui dépeint les peuples autochtones et leur système de gouvernance comme étant primitifs ou inférieurs aux institutions européennes. Le terme est toutefois encore utilisé dans certaines parties du Canada, des États-Unis et par certaines collectivités autochtones à l’étranger. À moins d’être certain que le mot fait partie du titre ou nom officiel de la communauté autochtone, il est préférable de ne pas l’utiliser, car il simplifie les systèmes de gouvernance autochtones. Le terme est offensant dans les expressions « j’ai hâte de passer du temps avec ma tribu ce soir », car cela banalise les peuples autochtones, leurs cultures et leurs traditions.

Références :

Lynda Gray, First Nations 101: Tons of Stuff You Need to Know About First Nations People, Adaawx Publishing, 2011

Bob Joseph, Indigenous Peoples: A Guide to Terminology, Usage, Tips and Definitions, Indigenous Corporate Training Inc., 2019

Gouvernement du Canada, Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées : Lexique terminologique, juin 2019.

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Apprentissage autochtone, École de la fonction publique du Canada

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